Bialowieza, un sanctuaire unique en Europe

Choses promises, choses dues. Voici l’article que j’ai eu le plaisir d’écrire pour le magazine franco-allemand Paris-Berlin qui consacrait son numéro doublement spécial – puisque le 100e et le numéro double juillet-août 2014 – à la Pologne. Ma modeste contribution à ce numéro passionnant pour qui s’intéresse au Triangle franco-polonais-allemand et fort complet puisqu’il aborde les questions politiques bien sûr, économiques évidemment mais aussi la question des migrations d’hier et d’aujourd’hui et fait découvrir au lecteur quelques « coins » de Pologne – dont Bialowieza donc, la dernière forêt primaire d’Europe, aux confins est de la Pologne. Pour consulter et acheter ce numéro de grande qualité, rendez-vous sur le site du magazine : www.parisberlinmag.com.

Aux confins de la Pologne, au bout du bout de l’Union européenne, le village de Bialowieza a bien des trésors à offrir pour qui se donne la peine de venir jusqu’ici : la richesse de la faune et la diversité de la flore de sa forêt primaire – la dernière d’Europe.

Le temps semble comme suspendu dans ce petit village de 2 000 âmes, loin du rythme des grandes villes, oublié des politiciens et des concepteurs d’infrastructures. Aux confins est de la Pologne, à 2 kilomètres à peine de la frontière avec la Biélorussie, on n’arrive pas ici par hasard. Pas d’autoroute, pas de train. Juste une petite route locale.

Et pourtant la notoriété de cette petite bourgade est sans pareille en Pologne. Jadis excursion obligatoire pour les élèves du pays, elle fait encore aujourd’hui la fierté de ses habitants qui ont à cœur de souligner que de tout temps les rois, puis les tsars, ont apprécié la beauté des lieux et la richesse de la faune. Du XIVe au XIXe siècle, la forêt de Bialowieza fut le lieu de chasse favori des têtes couronnées. À ce titre elle fut protégée de l’activité de l’homme. C’est sans doute à cet égoïste monopole que l’on doit aujourd’hui ces 150 000 hectares de forêt primaire, à cheval entre la Pologne et la Biélorussie – tout ce qui reste de la forêt qui recouvrait les plaines du nord et du centre de l’Europe après la dernière période glaciaire et de la forêt hercynienne qui lui a succédé jusqu’au début de l’ère chrétienne.

L'entrée du parc Palacowy annonce aussi celle du parc national de Bialowieza (copyright VL)

L’entrée du parc Palacowy annonce aussi celle du parc national de Bialowieza (copyright VL)

Totalement protégés de l’activité de l’homme, les 10 500 hectares qui constituent le Parc National de Bialowieza – premier parc national de Pologne, inauguré en 1932, inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979 –, le sont encore aujourd’hui. On n’y pénètre qu’accompagné d’un guide. L’homme n’a aucun impact sur le lent et inexorable travail de la nature. Ici un tronc d’arbre, couché depuis 1978, se fait lentement grignoté par les résidants des lieux, pendant que de jeunes pousses de tilleuls prennent racine dans cette carcasse fertile. Cette nature que l’on pourrait penser immobile grouille de vie, évolue en permanence dans un écosystème bien organisé. Au détour d’un chemin, des stries sur le sol montrent la présence d’un loup soucieux de marquer son territoire. “Des traces de cette nuit”, précise Lucja, notre guide. Un peu plus loin un arbre tombé la veille en travers du sentier contraint les randonneurs à marcher sur l’épais tapis humide du sous-bois – “jusqu’à ce que les gardes-forestiers viennent couper le tronc et dégager le chemin. C’est tout ce que nous nous autorisons à faire dans la réserve. Mais les troncs restent à l’intérieur. Rien ne sort d’ici”, précise encore notre guide.

Hors les limites de la réserve, les touristes peuvent profiter librement des centaines de kilomètres de sentiers pédestres, équestres, cyclables et, ouverts récemment, de marche nordique, comme autant d’occasions d’explorer la richesse de la nature environnante et de se laisser pénétrer par la quiétude ressourçante des lieux.

Le village le plus savant de Pologne

Derrière cette façade de bourgade paisible et ses petites maisons traditionnelles en bois comme autant d’héritages d’une autre époque, se cache une concentration de scientifiques hors du commun – ce qui vaut à Bialowieza la réputation du village le plus savant de Pologne. Résidant à l’année ou venant des quatre coins du monde, les chercheurs se passionnent pour la biodiversité exceptionnelle de la forêt primaire. Pas moins de 10 000 espèces animales vivent dans cet environnement unique en Europe – dont 56 espèces de mammifères, 249 d’oiseaux et 8 500 espèces d’insectes.

Les amateurs et professionnels s’intéressent bien entendu également à la flore. 4 800 espèces végétales cohabitent sur les 62 500 hectares de la forêt polonaise. Les habitants sont particulièrement fiers des tilleuls et des chênes plusieurs fois centenaires. Le Sentier des chênes royaux en témoigne et rend hommage au feuillu. On loue ici plus que tout sa force, sa majestuosité et bien sûr sa longévité. Le sentier tracé au milieu de la forêt compte 24 chênes surnommés du nom des souverains de Pologne ou de Lituanie qui vinrent chasser en leur temps sur ces terres déjà généreuses.

Le bison : le roi de la forêt aujourd’hui 

Aujourd’hui, l’incontestable roi de la forêt est bel et bien le bison d’Europe. 500 animaux vivent ici en liberté – un tiers de la population des bisons de Pologne et près d’un huitième de la population mondiale. C’est surtout pour le plus grand mammifère d’Europe que près de 130 000 touristes viennent chaque année à Bialowieza. Si chaque saison a son charme, c’est en hiver que l’on a le plus de chance de voir l’imposant bovin dans son habitat naturel. Mais même alors, les résidants de la forêt primaire ne s’exhibent pas si facilement aux premiers venus. Il faut se lever tôt, s’armer de patience, se promener silencieusement et guetter, parfois des heures durant, avant d’avoir – peut-être – la chance d’apercevoir des bisons, des sangliers, un cerf, un loup, une grue ou encore des castors dans les rivières omniprésentes. Si les touristes peuvent circuler librement dans la forêt (en dehors de la Réserve stricte), partir avec un guide est une belle façon d’augmenter ses chances de succès. Mais c’est aussi le moyen de rencontrer un fier habitant de la région, amoureux de sa nature, avide de partager sa connaissance de la forêt et de ses résidants, et de raconter ses anecdotes de sorties.

Et si les bisons se font trop timides, la Réserve d’exposition des bisons accueille en captivité, une famille de bisons, un couple de loups, un lynx, des sangliers, des cerfs, les derniers zubrons (hybrides entre un bovin domestique et un bison d’Europe) ou encore des chevaux de la race polonaise tarpan.

Il arrive que ce soit les seuls animaux que les touristes voient pendant leur séjour dans ces confins orientaux de la Pologne, au bout du bout de l’Union européenne. Mais ils ne repartent jamais frustrés de Bialowieza car ces heures passées au milieu de la nature, à lui prêter toutes les attentions, au son des chants d’oiseaux, ont certainement quelque chose de magique !

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